Que vaut le numérique ou autrement dit quel serait son apport au PIB ?

Vous n’avez pas eu le bonheur d’assister à un cours de Comptabilité Nationale délivré dans une Faculté d’Economie ? Pourtant pratiquement chaque jour vous lisez l’acronyme PIB. Et vous savez que ce Produit Intérieur Brut est essentiel non seulement pour notre grande et belle nation mais aussi pour votre vie quotidienne. Car l’on rapporte de nombreux éléments au PIB : le taux de croissance par exemple, le niveau de la dette, de la fiscalité (là vous comprenez que le PIB vous concerne directement). Mais au fait c’est quoi ce PIB ?

Nous vous laissons lire, si le courage vous prend, l‘article Wikipédia consacré à ce sujet pour n’en retenir que l’essentiel : le PIB est la somme des Valeurs Ajoutées ou prosaïquement la richesse créée par un pays sur une période de temps.

Le concept de PIB lui-même est remis en cause car il est mécanique, incomplet, déshumanisé. Ainsi le Bouthan, en bas à gauche de Katmandou, est le premier pays à mesurer non plus le PIB mais le BIB ou Bonheur Intérieur Brut. La Chine truquerait son PIB, le PIB est artificiellement gonflé par la finance sauvage, etc, etc…

Mais la critique la plus pertinente de cet indicateur est qu’il ne sait pas prendre en compte la révolution numérique en cours. Quelle est la valeur ajoutée de Gmail quand ce service est gratuit, en quoi Whatsapp contribue-t-il à la richesse d’une nation quand ses serveurs sont aux USA (ou ailleurs mais pas en France donc ne devrait pas contribuer à la ‘richesse’ de l’hexagone) ?

Heureusement des chercheurs du MIT se sont posés la question et, MIT oblige, les résultats de leur étude sont très intéressants.

Valoriser le bien-être numérique

Etude internationale, sondage auprès de 80 000 personnes, régressions statistiques nécessaires, il ne s’agit pas d’un sondage Yougov ou de celui du figaro.fr. Non, c’est du sérieux, solide, scientifique.

Les chercheurs du MIT ont posé la simple question à leur échantillon : combien seriez-vous prêt à payer pour continuer à utiliser un service gratuit ?

Précaution : bien sûr Facebook est gratuit tout en générant un confortable bénéfice, grâce à la publicité. Mais imaginons un Facebook sans publicité, combien seriez-vous prêt à payer par mois pour pouvoir continuer à l’utiliser ?

La réponse est entre 40 et 50$ pour un utilisateur US. En Europe nous accepterions de dépenser 59€ pour utiliser les services de géolocalisation. Et ainsi de suite.

Les résultats de l’étude – à lire ici (EN) – peuvent être résumés en un graphique mettant en regard certains produits/services du quotidien qu’ils soient numériques ou non. Ainsi les toilettes sont le bien dont nous pourrions le moins nous passer. Eh oui, la révolution digitale n’a pas tout disrupté.

Mais savez-vous que vous seriez plus ennuyé de ne pas avoir accès à Internet pendant un an qu’à voir votre salaire diminuer de 1 000€ (sur un an aussi). Ce qui signifie que nous considérons l’usage d’internet comme ‘valant’ plus que 1 000€.

Wikipédia ‘vaut’ plus que Snapchat, Instagram plus que LinkedIn. Nous vous laissons vous servir de ce graphique comme référence par rapport à votre propre échelle de ‘valeurs’.

L’intérêt de cette étude est de contribuer à l’élaboration d’une nouvelle Comptabilité Nationale, d’un nouvel indicateur économique 2.0. Ainsi la question du taux d’endettement d’un pays pourrait être reconsidérée en augmentant le PIB tel que calculé aujourd’hui de sa valeur ajoutée numérique.

Force aussi est de constater qu’en une quinzaine d’année une nouvelle ‘ecosphère’ a émergé et surtout nous est devenue indispensable sans que nous ne sachions la mesurer (et par exemple la fiscaliser efficacement).

Enfin une pensée pour ceux qui n’ont pu participer à ce sondage, les déconnectés volontaires mais surtout les oubliés du numérique. A révéler la matérialité de ce nouveau monde on mesure mieux la valeur de la fracture numérique. Au sein de notre pays ‘développé’ et entre les pays du G20 et les autres.